Espèces exotiques envahissantes

Une espèce exotique envahissante est un végétal, un animal ou un micro-organisme (virus, bactérie ou champignon) qui est introduit hors de son aire de répartition naturelle. Son établissement ou sa propagation peuvent constituer une menace pour l’environnement, l’économie ou la société.

Comment sont-elles introduites?

La plupart des espèces sont introduites dans notre environnement par les eaux de lest (ballast) des navires, par la navigation de plaisance, par des activités comme l’aquariophilie, l’horticulture ou l’aquaculture et par le commerce des animaux de compagnie. Le transport, notamment celui des marchandises, les maladies des espèces sauvages, le bois d’emballage et le bois de chauffage peuvent aussi être des voies d’entrée, ou « vecteurs ».

Quels sont leurs impacts?

Sur l’environnement :

L’introduction et la propagation des espèces exotiques envahissantes (EEE) ont des impacts majeurs sur la biodiversité locale. Elles entraînent le déplacement des espèces indigènes sous l’effet de la prédation ou de la compétition dans la recherche de nourriture et d’autres ressources. Les EEE peuvent également diminuer la diversité génétique des espèces indigènes, en s’hybridant avec ces dernières, et constituer une menace pour certaines espèces rares ou vulnérables. De façon plus globale, les espèces exotiques envahissantes peuvent altérer la composition des écosystèmes naturels, nuire à leur composition et compromettre leur fonctionnement durable.

Sur l’économie :

Le contrôle et la gestion des EEE sont parfois difficiles et coûteux. Ces espèces peuvent avoir des répercussions négatives sur la productivité forestière, agricole ou aquacole. Les infestations d’EEE peuvent même influencer négativement la valeur des propriétés.

Sur la société :

Les infestations d’EEE peuvent également avoir des conséquences négatives sur le plan social. Elles peuvent, notamment, affecter la santé humaine en augmentant les risques de maladies ou en causant de la souffrance à des humains ou à des animaux. Des activités récréatives pratiquées sur l’eau ou dans la nature, comme le canotage et la randonnée pédestre, peuvent également être limitées ou entravées par la présence ou l’infestation d’espèces exotiques envahissantes.

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Myriophylle à épis

Présent au lac du Huit, le myriophylle à épis est une plante aquatique exotique envahissante vivace de la famille des Haloragaceae. Ses tiges sont enracinées dans le substrat (sédiments) et peuvent mesurer jusqu’à 6 mètres. Près de la surface de l’eau, elles se ramifient et peuvent poursuivre leur croissance horizontalement et produire des épis de fleurs émergents. Le myriophylle à épis forme alors une canopée dense à la surface de l’eau.

Les rhizomes, les racines et les pousses basses de la plante peuvent persister tout l’hiver, ce qui lui permet d’amorcer sa croissance relativement tôt en saison. Ce caractère hâtif, combiné à une croissance rapide, confèrent au myriophylle à épis un avantage par rapport aux autres plantes aquatiques.

Ses feuilles sont finement divisées comme une plume et disposées sur la tige en verticilles, normalement en groupes de quatre. Chaque feuille est composée de 12 à 24 paires de folioles (aussi appelées « segments »). La distance moyenne entre les verticilles est de plus de 1 centimètre.

Le myriophylle à épis se reproduit principalement de façon végétative par la fragmentation de ses tiges, laquelle se fait naturellement de la mi-juillet jusqu’en septembre. Un petit fragment de tige peut prendre racine et former un nouveau plant. La pratique d’activités dans les herbiers par les usagers des plans d’eau peut aussi contribuer à la fragmentation des tiges. Le courant, les embarcations, les remorques et tout autre matériel peuvent transporter les fragments de tiges vers de nouveaux secteurs et de nouveaux plans d’eau.

La plante se reproduit également par des rhizomes, ce qui permet une expansion rapide des colonies. De plus, la plante produit des semences viables, mais on ignore dans quelle mesure ce mode de reproduction contribue à la propagation de l’espèce.

 

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Moule zébrée
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La moule zébrée est un petit mollusque bivalve d’eau douce. Sa taille, qui varie entre 0,5 et 5 cm de longueur, est généralement inférieure à celle des autres moules marines. Sa coquille est brune foncée, parfois unie, plus souvent avec une ou plusieurs rayures blanches ou beiges en zigzag, radiaires ou arquées.

 

Une fois qu’elle est introduite dans un milieu dont les conditions lui sont favorables, la moule zébrée peut proliférer rapidement. Des températures minimales de 10°C sont tout de même nécessaires pour la reproduction. En Europe, d’où elle est originaire, la moule zébrée adulte peut vivre jusqu’à cinq ans et atteindre 5 cm. Par contre, en Amérique du Nord, la plupart vivent de deux à trois ans et atteignent moins de 3 cm.

 

La moule zébrée est une espèce exotique envahissante redoutable et très prolifique qui entraîne de nombreuses répercussions écologiques, économiques et sociales. Par sa capacité à se fixer à une multitude de surfaces submergées, elle peut obstruer différents types de systèmes hydrauliques, notamment les prises d’eau potable, et engendrer des problèmes d’approvisionnement en eau. Elle peut aussi encrasser les embarcations et les endommager.

 

Les coûts liés au contrôle de la moule zébrée représentent des millions de dollars annuellement. La moule zébrée a des impacts négatifs sur les moules d’eau douce indigènes (mulettes) en se fixant sur leur coquille, les empêchant ainsi de respirer, de creuser des galeries et de se nourrir. Elle a d’ailleurs causé la disparition de vastes populations de moules d’eau douce indigènes depuis son introduction. Enfin, elle peut blesser les baigneurs à cause de ses coquilles coupantes qui s’accumulent sur les plages.

 

Une fois qu’elle est implantée dans un milieu, la moule zébrée est pratiquement indélogeable. La prévention est cruciale, car une fois l’espèce établie dans un plan d’eau, son éradication est pratiquement impossible et des interventions de contrôle périodique seront sans doute nécessaires à perpétuité pour en minimiser les impacts.

Carpe asiatique

Le terme « carpes asiatiques » réfère à un groupe de quatre espèces de carpes : la carpe à grosse tête, la carpe argentée, la carpe de roseau et la carpe noire. Elles font partie de la famille des cyprinidés, qui comprend les carpes et plusieurs variétés de vairons.

 

Elles sont voraces, elles peuvent consommer de 5 % à 20 % de leur poids chaque jour, laissant ainsi beaucoup moins de plantes microscopiques et d'espèces animales (phytoplancton et zooplancton) pour les poissons indigènes.

 

La carpe de roseau consomme principalement des plantes aquatiques. En quête de nourriture, elle peut perturber le fond des lacs et des rivières et détruire des terres humides précieuses. Leur quête de nourriture augmente également l'opacité de l'eau, rendant ainsi la tâche plus difficile pour les autres poissons de trouver de la nourriture. La destruction et la perte de végétation aquatique éliminent les zones de protection dont les juvéniles des espèces indigènes ont besoin pour se cacher de leurs prédateurs et réduisent également le nombre de zones de frai disponibles.

Les carpes asiatiques sont aussi des reproducteurs prolifiques. Dans certaines régions, elles se sont établies et ont dominé les habitats, représentant jusqu'à 80 % de la biomasse. L'étendue de la perte de biodiversité pourrait fragiliser davantage l'ensemble de l'écosystème.

 

La présence de la carpe de roseau dans le système du fleuve Saint-Laurent a été confirmée par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs au début de 2017, sur la base de la capture d’un individu en mai 2016 et de la détection d’ADN propre à cette espèce dans des échantillons d’eau prélevés en 2015 et 2016. Aucune indication de la présence de carpes argentées, de carpes à grosse tête ou de carpes noires n’a été détectée jusqu’à présent.

 

Une carpe de roseau été aussi été capturée par un pêcheur sportif, le 16 juillet 2020, dans le bassin de Chambly. 

Carpe de roseau
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La berce du Caucase
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Au Québec, la berce du Causase est une plante exotique envahissante. Sa sève contient des toxines. Ces dernières sont activées par la lumière et rendent la peau extrêmement sensible au soleil, causant des dommages aux cellules cutanées superficielles (lésions apparentées à des brûlures, douloureuses et parfois graves)

La sève est liquide, incolore et inodore, et est exsudée sur toutes les parties de la plante. Le contact avec la sève de la plante est indolore, mais les toxines qu’elle contient peuvent produire des dermatites jusqu’à 48 heures après l’exposition. Après guérison des plaies, des taches brunes ou blanches peuvent persister pendant plusieurs mois, voire quelques années, sur les régions affectées et ces dernières peuvent demeurer photosensibles (sensibles à la lumière).

La plante colonise les milieux perturbés et humides (le long des berges de cours d’eau, des fossés, des chemins de fer et des routes) mais peut aussi se retrouver dans les prés et terrains vagues. Parce qu’elle produit une très grande quantité de graines, elle se disperse rapidement sans toutefois occuper nécessairement de grandes superficies.

Étant donné le caractère envahissant de cette plante et ses propriétés toxiques, il est important de freiner sa dispersion et d’éviter d’y être exposé. L’arrachage manuel ou mécanique est possible, mais doit être fait en prenant des mesures de protection adéquates, car il comporte un risque élevé d’exposition. 

Renouée japonaise

Cette vivace à croissance rapide atteint 2 à 3 m de hauteur pendant l'été. Ses tiges creuses et noueuses sont semblables à celles du bambou, d'où les appellations de bambou japonais ou de bambou mexicain qu'on lui attribue parfois. À la fin de la saison, elle produit des panicules de fleurs blanc crème.

La renouée du Japon possède des rhizomes qui peuvent s'enfoncer à plus de 2 m de profondeur et s'entendre latéralement sur 7 m! Ces tiges souterraines libèrent des toxines qui empêchent l'établissement d'autres végétaux.

Les fragments de rhizome peuvent demeurer en dormance dans le sol pendant 10 ans. Enfin, l'absence d'ennemi naturel facilite également l'établissement de cette véritable peste.

La renouée du Japon colonise les bords des plans d'eau, les milieux humides, les fossés, les canaux d'irrigation, les abords des routes et les milieux perturbés. Elle est aussi fréquente en milieu urbain.  Elle forme des peuplements denses qui étouffent les espèces indigènes, appauvrissant ainsi la diversité biologique des écosystèmes. Elle limite également l'accès aux cours d'eau et accroît les risques d'inondation, en raison des tiges mortes qui flottent à la surface de l'eau au printemps.

L'éradication de la renouée du Japon est extrêmement difficile.  Il est nécessaire de coupez ses tiges au ras du sol, et ce, à plusieurs reprises pendant la saison, de façon à épuiser ses réserves. Il faut procéder ainsi pendant plusieurs années.  On ne doit pas essayez pas de l'arracher : ses rhizomes sont très profonds et des fragments peuvent demeurer dans le sol.

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